À 45 ans, on sent déjà que l’on récupère moins vite qu’à 20 ans… alors qu’en est-il à 70 ans ?
Vivre sa passion, quelle qu’elle soit, est toujours un enjeu. Car vieillir avec sa passion c’est prendre du plaisir jusqu’au bout.
Le surfcasting est souvent perçu comme une pêche “tranquille”. Pourtant, ceux qui le pratiquent régulièrement savent que la réalité est un peu différente : marcher dans le sable, transporter le matériel, lancer pendant plusieurs heures, affronter le vent, le froid ou les longues sessions de nuit… tout cela demande de l’énergie.
Comme le précisait Dominique dans l’article « Paroles de pêcheuses en surfcasting », le surfcasting est une pêche « d’attente active ! »
Et forcément, avec les années, certaines questions finissent par apparaître.
Peut-on pratiquer le surfcasting toute sa vie ?
Qu’est-ce qui change avec l’âge ?
Faut-il modifier sa manière de pêcher pour continuer le plus longtemps possible ?
Autour de nous, beaucoup de pêcheurs expérimentés continuent à pratiquer avec la même passion qu’avant, parfois depuis plusieurs décennies.
Parmi eux, Marc Kotlowski, 68 ans, pratique le surfcasting depuis 1990. Malgré une polyarthrite rhumatoïde qui l’a contraint à modifier certaines habitudes, il continue aujourd’hui à associer compétition et loisir une à deux fois par semaine.

Denis Dupuy, bientôt 66 ans, pêche en bord de mer depuis l’âge de 12 ans. Après une interruption d’une vingtaine d’années liée aux aléas de la vie familiale et professionnelle, il a repris activement le surfcasting il y a quatre ans.

Bruno Pollet, 64 ans, président du Surfcasting Turballais, cumule quant à lui environ 35 années d’expérience au bord de l’eau. Malgré un grave accident ayant touché sa colonne vertébrale il y a une vingtaine d’années, il continue à pêcher plusieurs fois par semaine.

Mais leur manière de vivre le surfcasting a évolué avec le temps.
C’est justement ce que nous allons essayer de comprendre dans cet article.
Une pratique très répandue… et qui dure dans le temps
En France, la pêche de loisir rassemble environ 2,5 à 3 millions de pratiquants réguliers, en eau douce comme en mer.
Même si aucune statistique ne permet réellement d’isoler le surfcasting des autres techniques, ces chiffres montrent à quel point la pêche reste un loisir populaire, pratiqué à tous les âges.
Et en pêche, on le constate facilement, toutes les générations se croisent régulièrement.
Des jeunes découvrent la pratique pendant que d’autres continuent à pêcher après plusieurs dizaines d’années d’expérience.
Dans certains clubs, plusieurs générations se côtoient régulièrement. Bruno observe par exemple des pêcheurs de 70 à 80 ans qui continuent à pratiquer avec plaisir, même si le rythme des sorties a parfois diminué.
On remarque d’ailleurs que beaucoup de pratiquants réguliers ont dépassé la trentaine, avec une présence importante de pêcheurs expérimentés et de retraités.
Avec le temps, la pêche devient souvent plus qu’un simple loisir occasionnel.
Elle s’installe dans les habitudes, dans le rythme de vie, parfois même dans l’équilibre personnel.
Contrairement à certaines activités physiques plus exigeantes, le surfcasting permet de continuer longtemps… à condition d’accepter que la pratique évolue avec les années.
Vieillir… et continuer à pêcher
C’est une réalité que beaucoup connaissent, avec l’âge, certaines choses changent.
La récupération devient plus lente. Le dos, les épaules ou les genoux demandent davantage d’attention. Les longues marches dans le sable ou le transport du matériel fatiguent plus qu’avant. Et hélas, pour certains les problèmes de santé apparaissent.
Mais pour beaucoup de pêcheurs, cela ne signifie pas arrêter. Cela signifie surtout qu’il faut apprendre à pratiquer autrement.
Bruno en est un bon exemple. Victime d’un grave accident ayant touché sa colonne vertébrale à deux endroits, il vit aujourd’hui avec des douleurs qui limitent certains mouvements, les longues marches ou le port de charges lourdes.
Pourtant, il continue à pêcher régulièrement grâce à un matériel adapté et à quelques aménagements dans sa pratique. Comme il le résume simplement : « le plus important, c’est que je suis toujours et encore à la pêche ».
Le surfcasting : un sport discret… mais bien réel
Beaucoup pensent encore que le surfcasting est une pêche “tranquille”.
Mais quand on le pratique régulièrement, on sait que ce n’est pas si simple.
Même sans parler de performance, le surfcasting demande quand même une vraie dépense physique : marcher dans le sable avec le matériel, installer le poste, lancer pendant plusieurs heures, supporter le vent, le froid, la pluie ou parfois les longues sessions de nuit.
Et certaines sessions peuvent être éprouvantes.
Sur certains spots, il faut marcher plusieurs centaines de mètres avant d’arriver sur la zone de pêche. Dans le sable mou, avec le chariot ou le matériel sur le dos, on sent vite que les jambes travaillent.
Les lancers répétés fatiguent aussi les épaules et le dos, surtout quand les conditions demandent des plombs lourds ou des sessions longues.

Et comme je l’avais déjà évoqué dans un article précédent « Le surfcasting, c’est un sport, un vrai ! », ces contraintes sont souvent sous-estimées quand on regarde la pratique de l’extérieur.
Marc reconnaît d’ailleurs avoir progressivement privilégié le matériel ultra léger ainsi que les spots nécessitant peu de marche afin de continuer à pratiquer dans de bonnes conditions.
Ce ne sont pas des limites à proprement parler. Mais des réalités à prendre en compte si l’on veut continuer à pratiquer longtemps.
Adapter sa pratique pour durer
Continuer à pratiquer le surfcasting le plus longtemps possible ne repose pas sur une seule solution.
C’est plutôt un ensemble de petits ajustements, que chacun met en place progressivement, selon son physique, son expérience et ses habitudes.
Et on voit vite, ceux qui durent dans le temps, ce ne sont pas forcément ceux qui forcent le plus, mais ceux qui adaptent leur façon de pêcher.
Avec les années, beaucoup arrivent à la même conclusion. Pour Marc, « seul le handicap physique peut limiter cette pratique ».
Tout l’enjeu consiste donc à adapter ses pratiques avant que les contraintes ne deviennent des obstacles. Plusieurs pistes sont possibles :
1- Choisir des spots accessibles
Pour limiter les efforts physiques, on pense souvent aux cannes, aux moulinets ou encore au nombre de cannes utilisées.
Mais le spot de pêche a lui aussi un impact énorme sur notre fatigue.
Prenons un exemple simple : le parking.
Entre un spot où vous garez la voiture à 50 mètres des cannes et un autre où il faut marcher 800 mètres dans le sable avec tout le matériel, la différence est énorme. Surtout quand il faut faire l’aller-retour plusieurs fois parce qu’on a oublié quelque chose dans le coffre…
Même constat pour le type de terrain.

Marcher sur du sable dur, une digue ou un quai est beaucoup moins fatigant que se déplacer sur du sable mou pendant plusieurs centaines de mètres.
Cela peut paraître anecdotique, mais à la fin d’une session de plusieurs heures, tous ces petits efforts s’additionnent.
Choisir un spot accessible n’aura probablement aucun impact sur le nombre de poissons attrapés, mais aura un impact direct sur votre niveau de fatigue.
C’est d’ailleurs l’un des premiers changements adoptés par plusieurs pêcheurs expérimentés.
Marc a volontairement abandonné les spots trop éloignés, notamment depuis l’apparition de problèmes de santé qui compliquent certains déplacements.
Bruno sélectionne lui aussi désormais ses postes de pêche pour limiter les longues marches, devenues plus difficiles après son accident.
Cette réflexion en amont de la session, permet de continuer à prendre du plaisir à la pêche tout en s’économisant !
2- Choisir des spots avec de la profondeur
Les plages plates à marée montante, c’est sportif ! On est même obligé d’élaborer des stratégies pour les pêcher, comme on l’expliquait dans l’article « Stratégie de pêche à 3 cannes sur plage plate à marée montante ».
Alors cela peut paraître une évidence, mais choisir une plage qui a de la profondeur aura un impact direct sur vos déplacements sur le sable.
Sur les plages très plates, une partie de la session consiste presque à courir après la marée pour remonter ses lignes.

À l’inverse, les plages profondes permettent souvent de rester concentré sur sa pêche plutôt que sur le déplacement permanent du matériel.
Si vous pêchez ce type de plage 2 heures avant et 2 heures après la pleine ou la basse mer, vos cannes resteront quasiment aux mêmes emplacements. Cela signifie moins d’efforts physiques, moins de fatigue.
Choisir son spot est stratégique pour le poisson, mais aussi pour limiter ses efforts.
Marc explique notamment qu’il utilise aujourd’hui Géoportail pour repérer les zones côtières plus profondes, ce qui lui permet de réduire les déplacements inutiles tout au long de la session et de choisir précisément ses spots avant même de quitter son domicile.
3- Faciliter le transport
Le transport du matériel est souvent l’une des parties les plus physiques d’une session de pêche.
Entre les cannes, les piques, le seau, les appâts, la caisse, les vêtements de pluie ou encore la glacière, le poids total peut vite devenir conséquent.
Et souvent à l’aller, on est frais et enjoué à l’idée de pêcher alors la contrainte du déplacement sur le spot n’est pas un problème, mais qui n’a pas ressenti au moins une fois, la fatigue et la difficulté de retourner à la voiture avec tout son matériel après une bonne session !
C’est là qu’un chariot bien conçu peut faire la différence.
Sur ce point, les retours des utilisateurs sont unanimes. Un chariot permet de limiter les efforts et apporte un véritable confort.
Un bon chariot permet de transporter davantage de matériel avec moins d’efforts et surtout d’éviter de multiplier les allers-retours entre la voiture et le spot.
Il existe également des chariots à assistance motorisée. Ils apportent un confort indéniable, notamment sur les longues distances ou les terrains difficiles. En revanche, leur coût est souvent élevé et représente un investissement important pour un usage parfois occasionnel.
Avant d’en arriver là, il est souvent intéressant de se poser une question simple : ai-je réellement besoin de tout ce matériel ?
Avec l’expérience, on se rend compte que certains accessoires quittent rarement le sac ou la caisse de pêche. Réduire son équipement à l’essentiel permet d’alléger le transport, de gagner du temps à l’installation et de rendre les déplacements beaucoup plus confortables.
L’objectif n’est pas de se priver de matériel utile, mais simplement de se limiter à l’essentiel.
Bruno souligne que son chariot à assistance électrique lui a permis de poursuivre sa passion malgré ses limitations physiques. Il utilise également du matériel adapté à son handicap afin de continuer à pratiquer plusieurs fois par semaine sans renoncer à ses habitudes de pêche.

Marc, quant à lui, utilise également un chariot et un vélo électrique (qu’on lui prête) pour limiter les efforts lors de ses déplacements vers les spots de pêche. Marc précise d’ailleurs qu’il va investir prochainement dans son propre vélo.
4- Alléger son matériel
Les déplacements ne sont pas les seuls responsables de la fatigue en surfcasting. Chaque geste répété au cours d’une session contribue lui aussi à la dépense et la sollicitation physique.
Prenons les cannes par exemple.
Nous sommes nombreux à utiliser des cannes de surfcasting de 4,20 m ou 4,50 m. Elles sont performantes, mais peuvent devenir exigeantes à manipuler lorsque les lancers s’enchaînent. La rigidité et le poids des cannes sont des critères importants lorsque l’on vieillit.
Choisir des cannes plus légères, de l’ordre de 400 à 430 grammes, peut donc aider à limiter la fatigue au cours d’une session de pêche.

C’est notamment le choix qu’a fait Marc, qui a progressivement orienté sa pratique vers des ensembles plus légers afin de préserver son confort physique.
Dans certaines situations, l’utilisation de cannes plus courtes, et donc plus légères, comme des cannes carpe de 3,60 m, peut également apporter un réel gain de confort sans pour autant perdre en efficacité.
Même logique pour les moulinets.
Les modèles les plus imposants apportent parfois davantage de confort ou de puissance, mais ils augmentent également le poids global de l’ensemble. Lorsque les conditions le permettent, opter pour des moulinets plus compacts peut contribuer à réduire la fatigue.
Le choix de moulinets de taille 7000 à 8000 peut s’avérer pertinent pour alléger l’ensemble canne + moulinet, sans compromettre les performances.
Le gain de poids ne passe d’ailleurs pas uniquement par le matériel lui-même.
Les conditions de pêche ont également un impact direct sur les efforts fournis.
Pêcher dans des conditions difficiles impose souvent l’utilisation de plombs plus lourds et de montages plus robustes, avec davantage de contraintes à chaque lancer. Lorsque c’est possible, privilégier des conditions plus favorables permet d’alléger l’ensemble et de rendre la session plus confortable.

Au final, quelques dizaines de grammes gagnées sur une canne, un moulinet ou un plomb peuvent sembler insignifiantes. Pourtant, répétées de nombreuses fois au cours d’une session, elles finissent par jouer sur la fatigue accumulée.
Moins de poids, moins de fatigue !
5- Pêcher moins longtemps
Une session de 2 à 3 heures bien placée peut parfois offrir autant de satisfaction qu’une longue session.
Avec l’expérience, on comprend que tout ne dépend pas de la durée, mais surtout du timing : marée montante, zone de courant, tombée de la nuit ou lever du jour. Ce sont les bons créneaux qu’il faut trouver.
Denis explique qu’il ne part plus pêcher au hasard comme auparavant. Il étudie désormais davantage les paramètres de pêche afin de concentrer ses sorties sur les moments les plus favorables. Vent, houle, coefficients, phases de lune ou encore périodes de passage du poisson font aujourd’hui partie intégrante de sa préparation. Avec l’expérience, il privilégie davantage la qualité du moment passé que la multiplication des heures de pêche.
Moins de fatigue physique, parce que le corps est moins sollicité sur la durée :
• moins d’allers-retours dans le sable avec le matériel
• moins de lancers répétés qui sollicitent les épaules et le dos
• moins d’exposition prolongée au froid, à l’humidité ou au vent
• moins de temps passé debout en vigilance permanente
La dépense d’énergie est simplement mieux gérée.
Une session courte, bien ciblée, peut parfois être tout aussi efficace qu’une session plus longue mal placée.
Ce n’est pas pêcher moins. C’est pêcher mieux !
Avec l’expérience, la recherche de poissons records laisse souvent place à une autre forme de satisfaction.
Pour Denis, le plus important aujourd’hui est avant tout de « se connecter plus profondément à la nature » et de partager de bons moments.

Le surfcasting, un loisir intergénérationnel
Le surfcasting est un loisir que l’on vit seul ou accompagné. Il se partage, naturellement, entre amis, en famille, entre générations.
Sur une plage, il n’y a pas vraiment d’âge. On y croise des jeunes qui découvrent, des adultes passionnés, et des anciens expérimentés qui continuent a vivre leur passion.
C’est aussi ce qui fait la richesse du surfcasting : chacun pratique à son rythme, avec ses capacités physiques et sa technique, mais tout le monde peut se retrouver au même endroit, au même moment.
Si l’un de vos proches vieillit, il ne s’agit pas de l’écarter… mais au contraire de continuer à l’emmener, en adaptant simplement la session :
• choisir une zone facile d’accès
• privilégier une pêche simple, sans contrainte
• réduire la durée et les déplacements

L’essentiel ne doit pas toujours être la recherche du poisson record, mais le moment partagé.
C’est un point qui revient régulièrement dans les témoignages. Que ce soit Denis avec ses proches, Bruno avec ses amis pêcheurs ou Marc au sein de son club !
Le plaisir de partager une session reste souvent aussi important que les poissons eux-mêmes.
Bruno souligne d’ailleurs que son implication au sein du Surfcasting Turballais lui permet de continuer à pratiquer grâce à l’aide et à la solidarité des membres du club, notamment pour certaines tâches devenues plus difficiles comme la récolte des appâts. Une illustration concrète de l’importance du collectif dans une pratique qui se transmet de génération en génération.
Parce qu’au fond, la pêche, ce n’est pas seulement attraper du poisson.
C’est transmettre, échanger, et continuer à vivre des moments ensemble, quel que soit l’âge.
La pêche, c’est le partage !
Et nos anciens ont beaucoup à nous apprendre !
La passion ne meurt jamais
Alors, jusqu’à quel âge peut-on pratiquer le surfcasting ?
La réponse est simple : il n’y a pas vraiment d’âge pour arrêter.
Il y a seulement des façons différentes de continuer.
Après plusieurs décennies de pratique, Denis, Marc et Bruno arrivent d’ailleurs à la même conclusion : tant que la passion reste présente et que le physique le permet, il existe toujours une manière de continuer à aller pêcher.
La passion du surfcasting ne disparaît pas avec les années. Elle évolue. Elle s’adapte. Elle devient parfois plus réfléchie, plus posée… mais rarement moins présente.
On ne pêche plus forcément de la même manière qu’à 20 ans. On choisit mieux ses moments, ses spots, son matériel.
On écoute davantage son corps, sans pour autant renoncer à ce qui nous anime.
Cela veut dire que l’on peut encore profiter de notre passion pendant de longues années… à condition d’accepter de faire évoluer sa manière de pêcher.
Ce n’est pas une contrainte, mais c’est la clé pour durer.

Le surfcasting, ce n’est pas seulement une pratique, c’est surtout un refuge pour notre équilibre personnel.
Denis l’explique très bien par ses propos.
La pêche est une façon privilégiée de profiter de la nature, tout en respectant la ressource et les lieux.
Aujourd’hui, Denis relâche régulièrement des poissons pourtant maillés et veille à laisser les spots plus propres qu’à son arrivée. Une évolution de regard que partagent de nombreux pêcheurs expérimentés.
Marc partage lui aussi cette évolution. Avec les années, il est devenu particulièrement sensible au respect des lieux de pêche et à la préservation de la ressource. « Je n’aime pas ceux qui veulent absolument remplir leur congélateur », explique-t-il, rappelant que la passion du surfcasting ne se mesure pas uniquement au poids des poissons.
Vieillir n’oblige pas à arrêter le surfcasting, mais il nous contraint à le pratiquer autrement.

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