Créer les pêcheurs de demain comment transmettre le virus du surfcasting ?

Par relation, on m’avait conseillé de rencontrer Kevin BASTIAT.

Kevin BASTIAT

On m’avait alors expliqué que nous avions une philosophie assez proche de la pêche et que je passerais probablement à côté de quelque chose si je ne prenais pas le temps de le contacter et d’échanger avec lui.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Ou plus exactement, je ne savais pas ce que je ferais de cet échange. Mais forcément, cela avait éveillé ma curiosité.

Kevin n’est pas un simple pêcheur en surfcasting. Il a une expérience particulière et très intéressante. Il a évolué au plus haut niveau de la discipline, notamment avec l’équipe de France, et s’est également investi auprès des jeunes en participant à leur encadrement.

Il connaît donc aussi bien les exigences du haut niveau que les interrogations d’un pêcheur qui découvre cette pratique.

Nous avons finalement passé près d’une heure au téléphone. Et pendant cet échange, deux sentiments se sont rapidement installés.

J’avais l’impression de discuter avec un ami que je connaissais depuis longtemps. Mais surtout, je découvrais une personne profondément passionnée par le surfcasting, avec une grande expérience et une vraie envie de partager ce qu’elle avait appris.

Nous avons parlé de pêche, bien sûr. De transmission, de jeunes, de débutants, de notre manière de faire découvrir le surfcasting et de l’avenir de notre discipline.

Puis, au milieu de notre conversation, Kevin a prononcé une phrase qui m’a interpellé :

« Nous devons créer les pêcheurs de demain. »

Je l’ai gardée en tête. Parce que derrière ces quelques mots se cache finalement une question beaucoup plus importante qu’il n’y paraît.

Créer les pêcheurs de demain, ce n’est probablement pas aussi simple qu’apprendre à quelqu’un à lancer une canne ou simplement l’emmener pêcher. Il me semble que c’est quelque chose de plus profond.

Alors, que signifie réellement « créer les pêcheurs de demain » ?

Et surtout, que devons-nous faire pour créer les pêcheurs en surfcasting de demain ?

C’est pour tenter de répondre à ces deux questions que nous avons poursuivi notre réflexion avec Kevin. Une réflexion qui nous amène finalement à nous interroger sur ce que nous transmettons aujourd’hui et sur ce que nous voulons laisser demain.

Une passion à transmettre

« Trop de mystère pèse sur cette pratique. »

Cette phrase de Kevin résume assez bien le problème auquel notre discipline est aujourd’hui confrontée.

Le surfcasting est riche d’une immense histoire. Des millions de personnes l’ont pratiqué au fil des années, chacune apportant son expérience, ses observations et ses connaissances. Et certains de ceux qui ont commencé il y a 30, 35, 40, voire 45 ou 50 ans, sont encore aujourd’hui en activité chaque semaine, à pêcher sur nos côtes. Toutes ces années d’expérience représentent une richesse considérable.

Mais une partie de ces connaissances reste encore trop souvent entre les mains de quelques pêcheurs.

Pas forcément par mauvaise volonté. Mais tout simplement parce que c’est comme ça que les choses se sont toujours faites. On apprend avec un copain, un père, un collègue. On partage avec son entourage, mais rarement au-delà. Et parfois, certaines informations deviennent presque des « secrets ».

Le problème n’est pas qu’un pêcheur possède ces connaissances. Le problème commence lorsqu’elles ne sont jamais transmises.

Kevin le dit très clairement :

« Si la transmission n’est pas faite, le débutant ne s’en sortira pas, ne prendra pas de poissons et fera d’autres activités. »

Imaginons un instant que tous ceux qui débutent se tournent finalement vers d’autres activités ou vers d’autres formes de pêche en mer. Que deviendrait alors notre discipline ?

Le surfcasting deviendrait-il une pratique mineure, progressivement délaissée au profit d’autres pêches ? Et à terme, pourrait-il tout simplement disparaître ?

Le scénario est probablement un peu défaitiste, voire volontairement provocateur. Mais il permet de poser une vraie question : que se passerait-il si nous ne transmettions plus ?

Le surfcasting ne manque pourtant pas de passionnés. Il ne manque pas non plus de pêcheurs expérimentés capables de transmettre. Mais une discipline ne peut pas simplement compter sur ceux qui la pratiquent déjà. Pour continuer à exister, elle doit accueillir de nouveaux pêcheurs.

C’est aussi pour cela que Kevin parle de « créer des pêcheurs ».

« Il est important de créer des pêcheurs pour que celle-ci perdure dans le temps. Plus on va en parler, plus on va donner l’envie d’y goûter et de partager tous ensemble de bons moments dans une belle dynamique. »

Créer les pêcheurs de demain, ce n’est donc pas seulement apprendre à quelqu’un à pêcher. C’est permettre à une discipline de continuer à vivre.

Parce qu’une génération de pêcheurs finit naturellement par vieillir. Certains arrêtent, d’autres pratiquent moins et, avec le temps, certains disparaissent tout simplement. Et avec eux peuvent disparaître des dizaines d’années d’expériences qu’ils étaient parfois les seuls à posséder.

Ces pêcheurs qui ont passé 30, 40 ou 50 années sur les plages représentent pourtant une véritable mémoire de notre discipline. Ils ont connu les plages, vécu les évolutions, testé des techniques, appris de leurs erreurs et accumulé une expérience que l’on ne peut pas retrouver dans un simple manuel.

Mais cette mémoire n’est pas éternelle. C’est là que la transmission devient une nécessité. Ce n’est ni une obligation, ni une règle. C’est simplement une nécessité si nous voulons que notre discipline continue à exister.

Nous, les pratiquants, avons une histoire, une expérience et un savoir considérables. Encore faut-il accepter de les partager pour que ceux qui arrivent puissent, à leur tour, construire leur propre expérience.

Transmettre aujourd’hui, ce n’est donc pas seulement aider un débutant à prendre son premier poisson. C’est aussi garantir le futur de notre discipline.

Et finalement, c’est peut-être cela le véritable enjeu : faire en sorte que ce que nous avons appris ne s’arrête pas avec nous.

Le débutant ne peut pas deviner ce que nous savons déjà

Lorsque l’on pratique depuis plusieurs années, certaines choses nous paraissent évidentes.

Nous savons où chercher une information et surtout, avec les années, nous avons nos habitudes et notre expérience.

Le débutant, lui, ne possède rien de tout cela. Il découvre un univers inconnu !

Et lorsqu’il ne comprend pas, lorsqu’il ne prend pas de poisson, lorsqu’il ne sait pas où aller ni comment s’y prendre, il peut rapidement se décourager et penser que le surfcasting est trop compliqué pour lui.

C’est précisément ce que Kevin veut éviter.

« Si la transmission n’est pas faite, les infos sont “cachées” et si elles sont cachées, qui va transmettre ? »

Nous ne pouvons pas demander à quelqu’un de découvrir une discipline tout en lui cachant une partie des clés qui lui permettraient de la comprendre.

Et surtout, nous ne pouvons pas nous étonner ensuite qu’il abandonne.

Kevin va même plus loin :

« Comment le débutant va réussir à capturer son premier poisson pour avoir le virus ? »

Cette expression de « virus » est intéressante, parce qu’elle parle de ce que nous connaissons tous : cette passion attrapée au vol, à un moment donné.

Un premier poisson, petit soit-il. Une première vraie touche. Une première fois où l’on comprend que l’on peut réellement réussir.

À partir de là, la curiosité peut devenir une véritable passion.

Mais pour que ce déclic puisse arriver, encore faut-il que quelqu’un ait accepté de partager un peu de ce qu’il sait.

Nous avons tous une part de responsabilité

C’est probablement l’un des points les plus importants de cette réflexion.

La transmission ne concerne pas uniquement les clubs, les écoles de pêche, les éducateurs ou les personnes qui ont choisi d’en faire une activité.

Elle concerne aussi chaque pêcheur expérimenté. Kevin est catégorique :

« Oui clairement, ils doivent montrer l’exemple et transmettre les informations pour les pêcheurs intermédiaires et débutants. »

Nous n’avons pas tous vocation à devenir moniteurs. Nous n’avons pas tous le temps, l’envie ou les compétences pour accompagner régulièrement des débutants.

Mais nous avons tous, à notre niveau, une responsabilité. Parce que nous représentons notre discipline chaque fois que nous sommes au bord de l’eau.

Une question posée par un débutant peut sembler anodine. Notre réponse, elle, ne l’est pas forcément. Elle peut lui donner envie de continuer ou, au contraire, lui faire comprendre qu’il n’a rien à faire là.

C’est peut-être aussi pour cela que Kevin insiste autant sur le partage :

« Montrer, expliquer et partager sont selon mon humble avis les trois mots clés afin de créer de nouveaux pêcheurs de 5 à 90 ans. »

L’âge importe finalement assez peu. Ce qui compte, c’est de permettre à quelqu’un de découvrir cette pratique et de trouver sa place dans notre passion.

Transmettre pour que la transmission continue

Et puis il y a une idée qui dépasse le simple fait de faire découvrir le surfcasting à une nouvelle personne.

C’est celle de l’effet de chaîne ou boule de neige ! Celui qui apprend aujourd’hui pourra transmettre demain. C’est comme cela qu’une passion traverse les générations.

Nous avons tous appris quelque chose de quelqu’un. Parfois beaucoup, parfois presque rien, mais suffisamment pour développer nos connaissances.

À notre tour, nous devons permettre à quelqu’un d’autre de poursuivre sa progression, son développement.

Il ne faut d’ailleurs pas qu’un débutant attende de devenir un expert pour transmettre. Dès qu’il maîtrise quelque chose, même une petite chose, il peut déjà la partager avec quelqu’un. C’est là que la transmission devient réellement puissante.

C’est par cette méthode qu’une technique qui était autrefois détenue par quelques-uns devient une connaissance collective.

C’est cette dynamique que Kevin évoque lorsqu’il parle de créer « une belle dynamique ».

Et finalement, cette boucle apprenante, c’est sûrement ça, « créer les pêcheurs de demain ».

Pas simplement augmenter le nombre de pêcheurs. Mais faire en sorte que ce que nous avons appris ne s’arrête pas avec nous.

Parce qu’une passion ne disparaît pas lorsqu’on arrête de la pratiquer. Elle disparaît lorsque l’on cesse de la partager.

Et si nous voulons que le surfcasting existe encore dans 20 ou 30 ans, la première question n’est donc pas de savoir comment transmettre.

La première question est beaucoup plus simple : 

À qui avez-vous transmis aujourd’hui ce que vous avez appris hier ?

Le plaisir comme moteur

Si le premier chapitre de cet article pose la question de la nécessité de transmettre, il faut maintenant se demander ce que cette transmission doit réellement provoquer chez celui qui découvre le surfcasting.

La réponse est assez simple : lui donner envie de revenir.

Car une première expérience peut laisser des traces. Elle peut soit donner naissance à une véritable passion, soit produire l’effet inverse si la personne repart avec le sentiment que la pêche en surfcasting est compliquée, frustrante ou tout simplement qu’elle n’est pas faite pour elle.

Pour Kevin, la découverte du surfcasting doit avant tout être associée au plaisir.

« Dans un premier temps et comme souvent dans cette pratique, quand vous choisissez de belles conditions, le temps s’arrête. En effet, on est face à la mer, au calme, sans stress et avec un seul but : prendre du plaisir. »

C’est une vision que je partage, car sans plaisir, il n’y a pas vraiment d’intérêt. Et sans intérêt, pourquoi un débutant aurait-il envie de continuer à pratiquer ?

Lorsque nous pratiquons le surfcasting depuis longtemps, nous avons tendance à regarder une session de pêche à travers nos propres habitudes. Nous pensons aux conditions, au spot, aux poissons recherchés ou aux appâts. Pour quelqu’un qui découvre cette discipline, les choses doivent être beaucoup plus simples.

Il y a d’abord le cadre, le calme, la mer et le plaisir d’être dehors. Il y a aussi le fait de partager ce moment avec quelqu’un, de découvrir une nouvelle activité et simplement de passer un bon moment. 

Finalement, c’est probablement cela qui compte le plus lors d’une première sortie : que la personne reparte avec le souvenir d’avoir vécu quelque chose de positif et l’envie de recommencer.

Kevin le décrit très bien :

« Un coucher de soleil, le bruit des vagues, le calme, une touche d’un poisson, le combat dans la dernière vague… De petites choses qui en font un grand moment et mieux encore si c’est partagé avec un ou une amie. »

C’est probablement l’une des grandes forces du surfcasting. Nous ne proposons pas seulement une activité de pêche. Nous proposons une expérience unique en plein air.

Et cette expérience va bien au delà de la pêche d’un poisson.

La première session doit donner envie de revenir

Lorsque l’on accompagne quelqu’un pour la première fois, il est facile de vouloir trop en faire. Nous avons envie de tout lui montrer. Notre passion, nos connaissances et tout ce que nous aimons dans cette pêche. Mais il faut aussi savoir se retenir.

Lorsque Kevin imagine cette première sortie, il pense d’abord aux conditions dans lesquelles la session va se dérouler :

« Pour une sortie avec un débutant, c’est simple, je choisis un moment sans vent, avec une bonne température et un lever de jour ou une soirée au calme, plus précisément quand les jours sont longs entre mai et septembre. »

Ce choix n’est pas fait au hasard. Kevin cherche à réunir les bonnes conditions pour que le débutant se sente bien et qu’il garde un souvenir positif de cette première expérience.

Une première sortie réussie n’est donc pas nécessairement celle au cours de laquelle le débutant aura appris le plus de choses.

C’est simplement celle dont il parlera encore quelques jours plus tard avec des étoiles plein les yeux. Celle où il aura apprécié le moment passé et découvert de nouvelles sensations.

Et surtout, celle qui lui donnera envie de recommencer encore et encore !

Faire pratiquer plutôt qu’observer

C’est là que se trouve une différence primordiale dans notre manière d’accompagner quelqu’un.

Si le débutant passe plusieurs heures à regarder quelqu’un pêcher, il aura certainement découvert beaucoup de choses. Mais il n’aura pas forcément eu le sentiment d’avoir pratiqué.

Il est préférable que le débutant prenne part à ce qui se passe lors de cette première session. Il découvre, il fait, il pose des questions et il participe activement à cette partie de pêche.

Le but est qu’il puisse rentrer chez lui en se disant qu’il a vécu une véritable expérience de surfcasting. Pas simplement accompagné un pêcheur.

Le débutant repart alors avec des gestes, des images et des émotions gravés dans son esprit.

Et si le poisson n’est pas au rendez-vous ?

Évidemment, nous aimerions tous que le débutant attrape son premier poisson, parce que nous savons ce que cela procure.

Une première touche, une canne qui se plie, les premiers tours de moulinet et un poisson qui s’échoue sur le sable peuvent devenir un souvenir que l’on n’oublie pas.

Mais le poisson ne peut pas être la seule mesure de la réussite.

Kevin le raconte à travers ses propres expériences avec des amis qui débutaient :

« L’endroit et l’expérience étaient géniaux même si nous n’avions fait qu’un bar de 30 centimètres. »

Ce bar de 30 centimètres n’était peut-être pas une prise exceptionnelle aux yeux d’un pêcheur expérimenté. Mais dans le contexte de cette sortie, il était au cœur d’une sortie réussie.

Kevin le rappelle d’ailleurs très justement :

« Un poisson, moyen ou gros, se mérite et c’est l’ensemble qui fera passer un super moment. »

Cette idée est très importante à transmettre.

Si nous expliquons à un débutant que sa sortie est réussie uniquement lorsqu’il prend un poisson, nous risquons de lui transmettre une vision assez frustrante de la pêche. Il pourrait rapidement associer le plaisir au poisson et considérer toutes les autres sorties comme des échecs.

Or même les meilleurs pêcheurs rentre aussi bredouilles.

Une bredouille n’est pas forcément une sortie ratée

Kevin pose la question avec beaucoup de simplicité :

« Qu’on soit bredouille ou pas, est-ce que la personne n’était pas mieux là au bord de l’eau que devant une télé ? »

La réponse est évidente. Une personne qui découvre le surfcasting peut rentrer sans poisson tout en ayant pris beaucoup de plaisirs.

La pêche est une succession d’expériences. Certaines se terminent par un poisson, d’autres par une nouvelle question. Certaines nous confortent dans ce que nous pensions savoir et d’autres nous obligent à revoir complètement notre manière de faire.

Pour un débutant, c’est exactement la même chose. S’il repart avec le sentiment d’avoir progressé, d’avoir découvert quelque chose et surtout d’avoir passé un bon moment, alors il n’est pas rentré bredouille.

Il a gagné autre chose qu’un poisson, il a gagné de l’expérience ! 

Le plaisir comme moteur de l’apprentissage

C’est pour cela que le plaisir doit, selon nous, rester au centre de la transmission.

Lorsqu’une personne prend du plaisir dans ce qu’elle découvre, elle aura davantage envie de comprendre et de progresser. Elle cherchera par elle-même à en savoir plus, posera de nouvelles questions et aura envie de retourner pêcher.

La première sortie peut alors devenir le début d’un véritable parcours.

On découvre une pratique, puis on commence à vouloir mieux comprendre les marées, les poissons, les conditions de pêche ou les différentes techniques. L’apprentissage vient progressivement parce que l’envie est là.

À l’inverse, si nous cherchons dès le départ à transmettre trop de choses, sans nous préoccuper de ce que ressent la personne que nous accompagnons, nous risquons de perdre l’essentiel.

Avant de vouloir faire progresser quelqu’un, il faut d’abord lui donner envie de continuer.

Et cette envie passe souvent par des choses très simples : partager un bon moment avec un ami, profiter du lieu, et peut-être avoir une touche ou prendre un poisson, mais surtout repartir avec le sourire.

Le sourire comme premier objectif

C’est finalement ce qui me paraît le plus intéressant dans la réponse de Kevin lorsqu’il évoque les conseils qu’il donnerait pour créer les pêcheurs de demain.

Ses 4 premiers conseils peuvent finalement se résumer assez simplement : choisir un bon moment, prendre le temps de préparer la sortie, privilégier le plaisir et surtout partager et faire participer le débutant.

Des choses simples, mais qui peuvent faire la différence lors d’une première expérience.

Et lorsqu’il arrive au cinquième conseil, Kevin répond simplement :

« Je n’ai pas le 5ème. 4 suffisent si le débutant a le sourire après sa première sortie. »

Finalement cette réponse donne le 5ème conseil sans même le dire : Faites le maximum pour donner le sourire au débutant ! 

Si le débutant repart avec le sourire, avec de bons souvenirs et l’envie de recommencer, alors quelque chose s’est déjà installé, et ce sera grâce à vous. 

Notre objectif ne devrait donc pas être de fabriquer immédiatement un bon pêcheur. Nous devons d’abord permettre à quelqu’un de devenir un pêcheur qui aime ce qu’il fait.

Le reste viendra avec le temps, avec les sorties, les rencontres, les erreurs et les expériences.

Et peut-être qu’un jour, ce débutant qui était venu découvrir le surfcasting avec nous emmènera à son tour quelqu’un pêcher.

À ce moment-là, la transmission aura vraiment pris tout son sens.

Et vous, quelle est la dernière fois où vous avez donné le sourire à un débutant ?

Un surfcasting plus accessible

Après avoir donné envie de découvrir le surfcasting, il faut maintenant se poser une autre question : qu’est-ce qui peut empêcher quelqu’un de franchir le pas ?

Parmi les premières barrières, il y en a une pour laquelle, nous avons probablement une grande responsabilité : Le surfcasting est « une pêche très technique et compliquée ».

Lorsque l’on regarde certains pêcheurs expérimentés, leurs équipements, leurs dizaines de montages, leurs différentes cannes, leurs boîtes d’accessoires et leur connaissance des espèces, il est facile pour quelqu’un qui débute de penser qu’il faut tout cela pour commencer.

Pour Kevin, l’avenir du surfcasting passe notamment par notre capacité à moderniser son image et à la rendre plus accessible.

« Le défi du surfcasting est de moderniser cette pratique, d’en parler plus afin de toucher des jeunes pratiquants/débutants grâce à des médias, articles, des vidéos qualitatives. »

Cette réflexion ne concerne pas uniquement notre manière de communiquer sur le surfcasting. Elle concerne aussi l’image que nous renvoyons lorsque nous parlons de notre pratique.

Car avant même de prendre une canne, un débutant doit pouvoir se dire une chose essentielle : cette pêche est à ma portée.

Alors, rendons-nous les choses suffisamment faciles pour les débutants ?

Le surfcasting est une pêche technique, c’est vrai ! Mais c’est avec l’expérience que nous apprenons les différentes techniques, les conditions et les poissons. Toutes ces connaissances font partie de la richesse de notre discipline. Mais elles ne sont pas toutes nécessaires dès le premier jour.

On peut être passionné sans être expert. On peut apprendre sans posséder du matériel haut de gamme. Et surtout, on peut prendre beaucoup de plaisir sans connaître toutes les subtilités du surfcasting.

Et quand on y réfléchit un peu, pour commencer, il faut finalement assez peu de choses : une canne, un moulinet, quelques montages, quelques appâts et surtout une grosse envie d’aller pêcher. Pour le reste, le temps et l’apprentissage sont nos amis.

Pour conclure, ce qui nous semble évident aujourd’hui ne l’est pas pour le débutant, car il n’a pas encore cette expérience. Et il n’a pas besoin de tout connaître pour commencer et se faire plaisir.

Les fondamentaux avant le reste

Pour Kevin, il faut commencer par donner au débutant des bases solides. Ne surtout pas chercher à lui apprendre tout ce que nous savons, mais lui permettre de comprendre les éléments essentiels de cette pêche.

« Pour cette première sortie, l’objectif serait de comprendre des bases solides et importantes comme : les marées, les vagues, comment bien se placer sur un poste. »

Ces premières connaissances peuvent paraître simples pour un pêcheur expérimenté. Mais, elles sont essentielles pour celui qui découvre le surfcasting.

Elles vont aider le débutant à comprendre cette technique, avant même d’attraper son premier poisson. 

Kevin poursuit :

« Des bases solides, pour comprendre les éléments ; et ensuite, le A B C avec le lancer, les eschages des appâts et un montage spécifique par rapport aux espèces ciblées. 

Une fois ça, je pense que 90 % de la pêche est faite, les 10 % restent la touche, le combat et la prise d’un poisson. »

Il s’agit de lui donner les bons fondamentaux. Ceux qui vont lui permettre de commencer à intégrer les spécificités de la pêche en surfcasting, et par la même occasion ses premiers réflexes.

Et surtout, il faut expliquer le pourquoi : 

Pourquoi choisir ce poste ? 

Pourquoi pêcher à cette distance ? 

Pourquoi utiliser ce montage ? 

Pourquoi cet appât ? 

Pourquoi rechercher telle espèce dans ces conditions ?

Si le débutant comprend le raisonnement, il ne sera plus simplement en train de reproduire ce que quelqu’un lui a montré. Il commencera à développer ses propres réflexions, qu’il testera plus tard, pour forger sa propre identité de pêcheur.

C’est une différence majeure entre emmener un débutant à sa première sortie et lui apprendre à pêcher.

Kevin insiste également sur une chose essentielle lorsqu’il parle de transmission :

« Montrer c’est bien, expliquer aussi, mais faire faire c’est le mieux et c’est comme ça qu’on comprend et qu’on apprend. »

Si nous réalisons le nœud à sa place, il aura vu comment faire. S’il le réalise lui-même, même si c’est approximatif, il commencera à intégrer le geste.

Si nous préparons son appât, il aura vu comment on procède. Si on le laisse l’escher, il apprend à le faire lui-même.

Il en va de même pour le lancer, le montage, et les autres aspects techniques.

Notre rôle, en tant que pêcheur expérimenté, n’est pas de faire à la place du débutant, mais plutôt de mettre en place toutes les conditions pour lui permettre de le faire seul. Il commettra des erreurs mais recommencera jusqu’à maîtriser la technique. Et si il réussit, il y a de grandes chances qu’il soit fier de lui !

Et cela demande une chose que Kevin considère comme primordial : la patience.

« Il est important d’expliquer calmement un lancer, d’expliquer comment mettre un appât ou pourquoi nous avons décidé de choisir ce poste aujourd’hui. »

Expliquer. Montrer. Faire faire.

Les fondamentaux doivent être simples pour être efficaces et reproductibles par le débutant.

Et vous, laissez-vous le débutant faire ou faites-vous à sa place ?

Une image plus moderne du surfcasting

Il y a aujourd’hui un vrai travail à faire autour de l’image du surfcasting.

Pas parce que notre discipline va mal, mais parce que l’image que nous renvoyons ne correspond pas toujours à la réalité de notre pratique.

Quelle image vient immédiatement à l’esprit de quelqu’un qui connaît peu ou pas le surfcasting ?

Probablement celle d’un pêcheur assis à côté de ses cannes, à attendre tranquille que la touche arrive. Certes, cette image existe. Mais elle est loin de montrer ce qu’est réellement la pêche en surfcasting.

Car notre pêche est aussi faite de déplacements, de recherches, d’observation, de montages, d’appâts, de conditions, de marées et de stratégies.

Le surfcasting est beaucoup plus dynamique et complet que l’image que nous véhiculons parfois.

Et c’est cette réalité que nous devons montrer, pour que notre discipline soit davantage vu comme un sport de plein air plutôt qu’un loisir. 

Kevin le dit clairement lorsqu’il parle de l’avenir de notre discipline :

« Le défi du surfcasting est de moderniser cette pratique, d’en parler plus afin de toucher des jeunes pratiquants et des débutants grâce à des médias, articles, des vidéos qualitatives. »

Moderniser ne veut pas dire changer notre façon de pêcher, mais Kevin suggère de montrer une image plus moderne du surfcasting.

Un surfcasting vivant et dynamique 

Il suffit de regarder autour de nous pour constater que certaines techniques de pêche ont beaucoup travaillé leur image.

La pêche au leurre, par exemple, a réussi à construire une image moderne, dynamique et attractive en quelques années. 

Les vidéos montrent les déplacements, les paysages, les poissons recherchés, les techniques utilisées et l’action.

Le pêcheur est rarement présenté comme quelqu’un qui attend. Il est en mouvement. Il cherche. Il observe. Il essaie. Il change de poste. Il lance. Il prend du plaisir. Et cette image plaît, puisque la pêche au leurre ne sait jamais autant développé que ces 15 dernières années.

Pourquoi le surfcasting ne pourrait-il pas montrer la même énergie ?

Nous avons pourtant tout ce qu’il faut.

Une plage au lever du jour. Une session de nuit. Une belle mer. Une canne qui plie. Un combat avec une daurade royale ou un bar. Un montage préparé avant la session. La recherche d’un spot. L’arrivée sur la plage. La préparation du matériel. Les moments entre pêcheurs. Tout cela fait partie du surfcasting, à la fois technique, sauvage et profondément humain.

Alors pourquoi montrer uniquement le poisson une fois qu’il est posé sur le sable ou pire dans l’assiette ?

Le poisson est évidemment important. Il fait partie du plaisir et il fait rêver. Mais il ne doit pas être la seule image de notre pêche.

Ce qui peut aussi donner envie de découvrir le surfcasting, c’est aussi tout ce qui se passe avant et autour du poisson.

De belles images au lever du jour, avec les cannes à l’eau et une équipe de pêcheurs avec le sourire peuvent dire beaucoup plus de choses sur notre passion qu’une simple photo d’un pêcheur avec son poisson.

Nous devons absolument montrer la pêche telle que nous la vivons et pas seulement le résultat.

Les réseaux sociaux sont notre vitrine

C’est là que les réseaux sociaux ont un rôle important à jouer.

Aujourd’hui, une grande partie de notre visibilité passe par YouTube, Instagram, Facebook, mais aussi par les sites internet, les magazines et les groupes de pêcheurs.

Kevin insiste justement sur cette nécessité de créer davantage de contenu :

« Il faut créer, que ce soit marques, associations, fédération, des posts et surtout des vidéos pour parler de cette discipline. »

Si nous ne parlons pas du surfcasting, personne ne pourra le découvrir.

Nous avons donc tous un rôle à jouer. Les marques peuvent montrer du matériel et des techniques. Les associations et les clubs peuvent montrer leurs activités et leurs pêcheurs. Les compétiteurs peuvent montrer une autre facette de la discipline. Les créateurs de contenu peuvent raconter leurs sessions, expliquer leurs montages, leurs choix et leurs expériences.

Et les pêcheurs eux-mêmes peuvent simplement partager ce qu’ils vivent au bord de l’eau.

Il n’est pas nécessaire de produire des vidéos extraordinaires ou d’avoir du matériel professionnel.

Une vidéo courte, bien faite, une belle photo, une explication simple ou un retour de session peuvent déjà participer à faire connaître notre pêche.

L’objectif n’est pas de publier du contenu pour publier du contenu.

C’est de montrer le surfcasting sous toutes ses formes, de valoriser ceux qui le pratiquent et de donner envie à ceux qui ne le connaissent pas encore de s’y intéresser.

Moderniser notre image sans perdre notre identité

Moderniser notre image ne signifie pas abandonner ce qui fait l’identité du surfcasting.

Nous avons une histoire, une culture, des habitudes et une façon particulière de pratiquer cette pêche. Il ne faut pas les effacer.

Mais il faut accepter de regarder notre discipline avec un œil différent.

Le surfcasting peut être traditionnel et moderne à la fois.

Il peut continuer à se pratiquer avec des cannes posées sur un trépied tout en étant présenté de manière dynamique. Il peut parler de montages tout en restant accessible. Il peut montrer de très beaux poissons sans donner l’impression que la performance est la seule chose qui compte.

Et surtout, il peut montrer des pêcheurs qui bougent, qui cherchent, qui réfléchissent et qui prennent du plaisir.

C’est cette image que nous devons davantage faire vivre. Car si nous voulons que le surfcasting soit mieux connu, nous ne pouvons pas prendre le risque de voir les débutants se tourner vers une autre activité.

C’est à nous de le montrer

Et nous avons aujourd’hui des outils que les générations précédentes n’avaient pas.

Une vidéo publiée sur YouTube peut être regardée par des milliers de personnes.

Une publication Instagram peut montrer une session en quelques secondes.

Un groupe Facebook peut permettre à des pêcheurs d’échanger quotidiennement.

Un magazine peut raconter plus en profondeur notre passion.

Tous ces supports sont différents, mais ils peuvent raconter la même histoire : celle d’un surfcasting vivant, moderne et bien présent.

Kevin parle d’un « effet boule de neige ».

Plus nous parlons de notre discipline, plus elle devient visible. Plus elle devient visible, plus elle peut susciter la curiosité. Et plus nous montrons une image dynamique et actuelle du surfcasting, plus nous avons de chances que quelqu’un se dise simplement :

« Ça a l’air sympa. J’ai envie d’essayer. »

Et c’est ça le véritable enjeu !

Et si chacun d’entre nous pouvait contribuer, à son niveau, à cette nouvelle image du surfcasting, alors notre discipline pourrait prendre beaucoup plus de place dans le paysage de la pêche.

Et vous, qu’avez-vous fait aujourd’hui pour donner une meilleure image du surfcasting ?

Le surfcasting de demain : vivant, accessible et populaire

Depuis le début de cet article, nous avons finalement essayé de répondre à une seule question : comment faire pour que le surfcasting continue à vivre et à se développer ?

Mais il faut maintenant aller un peu plus loin.

Dans 20 ans, qu’aimerions-nous que l’on dise du surfcasting ?

Kevin confie son ambition avec trois mots simples :

« J’aimerais voir une discipline toujours vivante, accessible et populaire. »

Trois mots qui pourraient finalement dessiner le surfcasting de demain.

Une discipline vivante

Vivante, d’abord, parce que le surfcasting ne peut pas rester figé.

Il doit continuer à évoluer, à se raconter et à se montrer. Les réseaux sociaux, YouTube, Instagram, Facebook, ou les sites internet nous donnent aujourd’hui des moyens que les générations précédentes n’avaient pas.

Dans 20 ans, nous aimerions voir un surfcasting beaucoup plus présent sur ces plateformes. Une pêche que l’on voit vivre, avec ses sessions, ses techniques, ses paysages, ses poissons, ses amis, mais aussi tous ces moments qui font son identité.

Un beau poisson, bien sûr. Mais aussi un lever de soleil, une plage déserte, une discussion entre pêcheurs, une belle touche ou simplement le sourire sur les visages.

Une pêche que l’on regarde et qui donne envie de la vivre.

Une discipline accessible

Accessible, parce que cette dynamique, dont nous parlons, permet à chacun de trouver sa place.

Le débutant découvre. Il apprend. Il pratique. Il progresse. Puis, un jour, il partage à son tour ce qu’il a appris.

C’est la boucle vertueuse dont nous avons parlé tout au long de cet article : la connaissance se transmet, l’expérience se construit et le nouveau pêcheur devient progressivement capable de transmettre lui-même.

C’est ainsi que le surfcasting peut continuer à se renouveler. Pas en demandant aux nouveaux pêcheurs de devenir comme nous, mais en leur permettant de construire leur propre manière de pratiquer.

Une discipline populaire

Et puis il y a le troisième mot : populaire.

Pas populaire parce que nous prendrions davantage de poissons.

Populaire parce que le surfcasting serait devenu une véritable porte d’entrée vers la pêche en mer.

Une pratique que l’on connaît, que l’on comprend et que l’on a envie d’essayer.

Peut-être même que certains pêcheurs qui pratiquent aujourd’hui d’autres techniques auront envie de revenir vers la plage et se mettre au surfcasting.

Parce qu’ils y trouveront ce que Kevin évoquait déjà :

« Un coucher de soleil, le bruit des vagues, le calme, une touche d’un poisson, le combat dans la dernière vague… De petites choses qui en font un grand moment. »

Le surfcasting ne se résume pas au poisson que l’on va prendre.

Alors, dans 20 ans, nous aimerions voir un surfcasting vivant parce qu’il aura su évoluer, accessible parce qu’il aura continué à transmettre, et populaire parce qu’il aura donné envie à de nouvelles générations de le découvrir.

Une discipline dynamique, visible, moderne, mais qui n’aurait rien perdu de ce qui fait son identité. Nous aimerions voir des sourires sur tous les visages des pêcheurs en surfcasting.

Un sourire après une belle touche.

Un sourire après une session entre amis.

Un sourire après un beau poisson.

Un sourire après une belle découverte.

Parce que si le surfcasting devient plus visible, plus dynamique, plus accessible et plus populaire, alors ce sont peut-être ces sourires qui seront la meilleure preuve qu’il aura réussi à évoluer.

Peut-être que le véritable surfcasting de demain sera finalement celui où il y aura simplement plus de sourires sur nos plages, avec ou sans poisson.

En conclusion

Si vous êtes arrivés jusqu’ici dans la lecture de cet article, vous l’aurez désormais compris : cet article ne parle finalement pas uniquement de transmission.

La transmission est le point de départ. Le pêcheur de demain est au cœur de notre réflexion. Mais derrière tout cela se trouve un enjeu bien plus important : l’avenir de notre discipline.

Car transmettre, ce n’est pas simplement apprendre à quelqu’un à pêcher. C’est lui donner les moyens de découvrir une passion, de trouver sa place dans cette discipline et, peut-être un jour, de transmettre à son tour ce qu’il aura appris.

C’est ainsi que le surfcasting pourra continuer à vivre.

Mais cette réflexion nous ramène finalement à chacun d’entre nous.

Nous, pêcheurs expérimentés, qu’allons-nous faire de tout ce que nous avons appris ?

Allons-nous garder nos connaissances pour nous ?

Allons-nous continuer à penser que le débutant doit apprendre comme nous avons appris ?

Ou allons-nous prendre le temps de montrer, d’expliquer, de faire faire, de partager ?

Parce que le surfcasting de demain ne dépendra pas seulement de ceux qui débuteront. Il dépendra de ce que nous déciderons de leur transmettre aujourd’hui.

Et peut-être que notre plus belle réussite ne sera pas le nombre de poissons que nous aurons pris, mais le nombre de pêcheurs à qui nous aurons donné l’envie de revenir, le sourire aux lèvres.

Alors, une dernière question :

Qu’avez-vous transmis aujourd’hui au surfcasting que vous ne voudriez pas voir disparaître demain ?

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