Préambule – Chapitre 1
Cette histoire est née d’une envie simple : raconter la pêche autrement.
Le dernier lancer en surfcasting est une chronique, découpée en trois chapitres.
Elle suit Julien, pêcheur en surfcasting, le temps d’une session de novembre.
Ici, il n’est pas seulement question de poissons, mais de fatigue, de solitude, de rituels, de besoin de mer… et de tout ce que la pêche nous apporte, souvent sans qu’on sache vraiment l’expliquer.
Ce récit a été pensé à l’origine pour être accompagné d’illustrations.
Si vous êtes dessinateur, illustrateur, ou si cette histoire vous inspire, la porte est ouverte.
Bonne lecture.
Hervé
CHAPITRE 1
Quand la mer devient une nécessité
Vendredi 18 novembre, il est 17h42 quand Julien coupe son ordinateur et quitte enfin son travail.
Julien a 41 ans et il est pêcheur en surfcasting depuis plus de 15 ans. Il connaît parfaitement les spots autour de Saint-Nazaire, sa ville natale.
Ce n’est pas un compétiteur, mais un simple passionné qui cherche avant tout à se détendre au bord de l’eau.
Séparé de sa femme depuis peu, il vit désormais au rythme de la garde alternée de sa fille. Tous les quinze jours, il change d’ambiance. De père célibataire à celle d’homme qui a du temps pour lui.
Et ce soir, sa fille part pour une semaine chez sa mère. Il doit la récupérer à 18h au périscolaire.
Il ne sait pas si c’est l’âge ou les responsabilités, mais il sent qu’il a besoin de souffler. Il est fatigué.
Julien referme la porte du bureau et marche rapidement jusqu’à sa voiture. En montant à bord, il jette un œil à l’horloge : 17h47.
« Merde, je vais encore être en retard. »
Il démarre brusquement, manœuvre sans réfléchir, traverse la zone commerciale puis plonge dans les rues du centre.
Les feux passent au rouge à chaque carrefour. Le vendredi soir, c’est toujours la même galère.
Quand il se gare enfin devant le périscolaire, il est 18h04. Il coupe le moteur et descend d’un pas pressé.
Sa fille l’attend, bonnet de travers, sac à moitié ouvert, un dessin roulé à la main.
Elle court vers lui en criant :
« Papa ! »
Il la serre contre lui et l’embrasse longuement.
Sur le trajet vers chez son ex-femme, sa fille parle sans s’arrêter : la maîtresse, la cantine, les copines, une nouvelle chanson, un cahier de coloriage…
Julien tente de suivre, mais sa tête est lourde, encore pleine de la semaine écoulée.
Devant l’immeuble, sa fille l’embrasse et lui fait un petit signe en montant les marches.
Sa mère ouvre la porte, échange quelques politesses avec lui, puis disparaît avec l’enfant.
La porte se referme.
Et d’un coup, il se retrouve seul.
Le contraste est brutal. Silencieux. Froid.
Il retourne à sa voiture en traînant un peu les pieds, comme si la fatigue lui tombait dessus d’un seul coup.
Sur le trajet du retour, il n’allume même pas la radio. Il laisse simplement la route défiler.
Une fois chez lui, il pose son sac dans l’entrée, ouvre le frigo et attrape une bière fraîche. Il s’effondre sur le canapé, épuisé.
Puis, comme tout pêcheur le fait automatiquement le vendredi soir, il consulte la météo.
Pleine mer dimanche à 6h33. Coefficient 95.
Vent d’ouest soutenu, rafales à 55 km/h.
Ciel chargé, pluie possible.
Le genre de conditions qui pourrait en décourager plus d’un. Mais pas lui.
« Ce week-end… j’y vais. »
Rien que cette idée lui arrache un sourire. Il en a besoin.
Il pense aussitôt aux appâts.
« J’ai de l’encornet au congélateur et du maquereau salé au frigo… il me faut des vers. »
Il vérifie les horaires : marée basse samedi à 12h20.
La journée s’annonce chargée : les courses le matin, les vers à midi, l’apéro avec les copains le soir.
Il pourra peut-être s’accorder une petite sieste dans l’après-midi.
De toute façon, la session de pêche est sacrée.
Il finit sa bière, s’allonge sans vraiment s’en rendre compte et s’endort quelques minutes, la télévision en bruit de fond.
À son réveil, il se sent un peu plus léger.
Plus apaisé.
La mer l’attend.
Et ça suffit à lui redonner de l’énergie.
Le vrai rituel commence
Samedi, il est 10h44, le ciel est gris, la température fraîche, typique d’un mois de novembre où la lumière se bat pour exister.
Julien gare sa voiture au plus près de l’accès au spot à vers.
Le vent d’ouest souffle déjà fort, assez pour lui piquer les joues lorsqu’il ouvre la portière.
Il attrape son matériel : la fourche, la pelle à tube et les seaux.
Tout ce qu’il faut pour récolter des vers tubes et quelques arénicoles pour la session du lendemain matin.
Il enfile ses bottes et avance vers la zone des vers tubes.
Il reconnaît facilement leur présence grâce aux petits amas de coquillages en surface de la vase.
Il attaque le premier tube. Il plante la pelle, soulève. Raté.
Il se décale de quelques mètres et recommence. Encore raté.
« Avec le froid, ils sont profonds… »
Il se rapproche de l’eau et enfonce un peu plus la pelle.
Cette fois, ça fonctionne : premier vers tube.
Il enchaîne pendant près de 45 minutes avant de s’arrêter.
« Je dois bien avoir 25 ou 30 tubes… je vais m’attaquer aux arénicoles. »
Il change de zone pour chercher les arénicoles et commence à creuser à nouveau. Les arénicoles sortent lentement, une à une.
Et soudain…
Craaaac !
Le manche se fend net. Irrattrapable.
Le bois n’a pas tenu.
Julien ferme les yeux quelques secondes.
Un long soupir. Puis un petit rire nerveux.
« Et merde… »
Évidemment. Parce que rien ne se passe jamais simplement. Même pas la récolte des vers.
Il se débrouille quand même, tenant la fourche comme une béquille tordue, creusant lentement, méthodiquement.
Il transpire malgré le vent.
Peu à peu, le seau se remplit : quelques arénicoles supplémentaires, pas énormes, mais bien vivantes.
Quand il estime en avoir assez, il lève les yeux vers la mer.
Il reste encore du temps avant qu’elle ne remonte.
Il se dirige vers l’eau pour rincer les vers, enlève la vase avec soin.
Ses bottes sont lourdes, ses bras fatigués… mais lui sourit. C’est exactement ce dont il avait besoin.
Le retour à la maison
Il range son matériel dans le coffre, enlève ses bottes et reprend la route.
Pas de musique.
Juste le bruit du moteur et l’odeur de la vase encore accrochée à ses vêtements.
Chez lui, il descend directement à la cave.
Sa vieille cave à vin, reconvertie depuis longtemps en cave à appâts.
Il prépare le bac avec soin : un fond de sable humide, de l’eau de mer et les vers déposés délicatement. Il branche le bulleur.
Un léger bourdonnement s’installe.
Les bulles montent lentement à la surface.
Les vers s’enfouissent doucement dans le sable.
« Voilà… vous êtes bien là. »
Il referme la porte de la cave avec précaution.
De retour dans le salon, il enlève sa veste, se lave rapidement les mains.
La fatigue revient d’un coup, lourde.
Il s’allonge sur le canapé. Juste quelques minutes.
La sieste l’emporte presque immédiatement.
Il se réveille, la lumière a changé.
Il regarde l’heure. Il est 18h12. Pas trop tard.
Il se redresse, encore un peu vaseux, mais déjà souriant.
Dans sa tête, tout est prêt. Les cannes. Les appâts. Le matériel (chariot, montages, …)
Il pense à demain matin. Aux vagues qui viennent s’écraser sur le sable. Au vent qui souffle dans le fil du moulinet et à la mer qui gronde.
Il est pressé. Pas pressé par le temps. Seulement pressé d’y être.
Demain, il sera là. Seul, face à la mer. Et pour l’instant… ça lui suffit.
« Maintenant direction l’apéro chez Vincent »
CHAPITRE 2
Quand la nuit met les nerfs à l’épreuve
Dimanche. Il est 3h20 quand le réveil sonne.
Julien ouvre les yeux difficilement.
L’apéro chez Vincent a un peu traîné. Non pas qu’il ait beaucoup bu, mais se coucher à 0h45 pour se lever à 3h20… ça fait à peine 2h30 de sommeil.
Pourtant, il ne peste pas.
Il sait pourquoi il se lève.
Il s’assoit sur le bord du lit, s’étire lentement, puis se traîne jusqu’à la cuisine.
Le café brûlant lui arrache presque la gorge, mais ça réveille. Vraiment.
Il enfile sa tenue, chaude, confortable, adaptée à la saison.
Puis il charge la voiture, méthodiquement. Rien n’est laissé au hasard.
Dans sa tête, il déroule la liste du matériel, encore et encore, pour être sûr de n’avoir rien oublié.
Une fois sur la route, la ville est morte.
Les lampadaires sont éteints. Le noir est total.
Seuls les phares découpent le paysage, comme dans un film.
Julien adore ce moment. Ce calme.
Ce sentiment d’être seul au monde, exactement là où il doit être.
Les premières heures
Sur le spot, le vent est plus fort qu’annoncé.
Il ferme son manteau, enfonce son bonnet, allume sa frontale et décharge le matériel.
La mer bouge. Pas méchante, mais bien agitée.
Avant même d’atteindre l’eau, il l’entend gronder.
Julien rejoint son emplacement, un spot qu’il connaît par cœur.
Il y pêche toute l’année, quelles que soient les saisons.
Dès les premières secondes, les conditions lui semblent bonnes.
Ses bottes s’enfoncent légèrement dans le sable humide.
L’air sent l’iode piquante et les algues froides.
Il a cette impression familière… celle de rentrer à la maison.
Sur le sable, quelques coquillages encore pleins attirent son attention.
Le coup de vent des derniers jours a laissé de la nourriture sur le bord.
Julien est plutôt confiant.
Il pose son chariot, ses affaires, puis s’approche de l’eau.
À la lumière de la frontale, l’eau est claire, sans algues visibles.
Les rouleaux se forment quelques mètres plus loin. Ils déplacent du sable, mais rien d’autre d’inquiétant.
Ces observations dictent sa stratégie.
Trois cannes.
Une avec un montage traînard, à longue distance avec un morceau de maquereau.
Une pour le gros bar, à mi-distance avec une belle lamelle d’encornets.
Et une dernière avec un montage 3 empiles aux vers tubes et arénicoles, placée juste derrière les vagues, dans la bande des 50 mètres.
Il monte ses cannes et installe ses montages, et il esche ses appâts avec soin.
Il veut comprendre ce que la mer acceptera aujourd’hui.
Les 3 lancers s’enchaînent. Propres. Précis.
Les plombs disparaissent dans l’obscurité, exactement là où il l’avait décidé.
Il est 4h43. Les cannes sont à l’eau.
Julien s’assoit sur son seau retourné et respire profondément.
Il est bien. Tranquille. La fatigue s’efface.
Le silence dure une dizaine de minutes.
Puis il se lève pour vérifier ses cannes.
« Merde… j’ai pas assez plombé. »
Deux cannes ont complètement dérivé sur la droite.
Seule celle du gros est restée en place, son plomb grappin bien ancré dans le sable.
Les plombs pyramide de 125 g n’ont pas tenu. Le courant est trop fort.
Il remonte, change les plombs. 175 g. Toujours en pyramide.
Cette fois, les lignes tiennent.
Mais le temps passe. Une heure et la réalité s’impose.
Rien. Pas une touche. Pas un frémissement. Les appâts sont intacts.
« Je sens que ça va être compliqué aujourd’hui… »
Il change d’appât. Puis encore.
Il marche un peu, observe, scrute l’eau.
Il cherche ce qu’il pourrait tenter de plus.
Des visiteurs inattendus et un espoir brisé
Et soudain, des voix. Des rires. Des pas dans le sable.
Julien se retourne.
Trois jeunes d’une vingtaine d’années approchent.
Les yeux encore brillants de la soirée, les mains dans les poches, la démarche un peu hésitante. Ils sortent clairement de boîte.
Ils sourient. Pas agressifs. Juste curieux.
« Oooooh, regardez… y’a un mec qui pêche ! »
« Mais t’es tout seul ici, à cette heure-là ? »
Julien jette un œil à sa montre. 6h02. Il sourit malgré la fatigue.
« Bah oui… je préfère les bars de la mer à ceux de la ville. »
Les trois éclatent de rire.
« Mais tu peux vraiment attraper des poissons maintenant ? »
« Ça arrive. Pas toujours. Mais quand ça arrive… ça vaut le coup. »
Ils discutent quelques minutes.
Les questions fusent. Le froid, le vent, la patience.
Julien leur montre le scion, explique les touches, les montages, les appâts.
Ils écoutent attentivement.
Comme s’ils découvraient un monde caché.
Un monde qui n’existe que quand tout le monde dort.
Avant de repartir, l’un d’eux lui tape sur l’épaule :
« Bonne pêche ! Et si t’attrapes un monstre… pense à nous ! »
Ils s’éloignent en riant, disparaissant dans la nuit.
Julien souffle. Ce moment l’a réveillé.
Il sourit, boit une gorgée de café encore chaud.
« Putain, ils m’ont dit bonne pêche. »
La mer reprend son bruit régulier.
La solitude revient. Et il l’accueille avec plaisir. Mais toujours rien.
À 6h37, la mer est haute. Il décide de recharger les trois cannes avec des appâts frais. Parfois, ça fait la différence.
« Si un poisson doit montrer le bout de son écaille… c’est maintenant »
Il relance. Il attend. Il doute.
Le vent forcit. La fatigue revient, lourde.
À 7h21, la canne pour le gros tape 2 fois très franchement.
Julien court, attrape la canne et ferre. C’est dessus !
Le poisson se défend violemment.
À la façon dont il tire, Julien le sait : c’est un bar et un beau.
Le poisson prend le courant.
Julien garde la ligne tendue, mouline doucement, sans précipitation. Il a le cœur qui bat fort.
Puis il le voit.
Une large dorsale fend la surface sous la frontale. Il ne reste plus que le ressac à passer.
Et là…
Clac. Décroché.
Le poisson file vers le large, disparaît en quelques secondes.
Julien reste figé. Il repense aux mots des jeunes.
Après l’adrénaline, la frustration. Brutale.
Il recharge pourtant la ligne. Il relance.
Mais au fond de lui, il le sait déjà.
Aujourd’hui… la bredouille l’attend.
CHAPITRE 3
Quand c’est l’heure du lancer de la dernière chance
Voilà presque une heure qu’il attend, seul, dans le vent et le froid.
Il est 8h18. Le jour s’est levé il y a peu de temps. Une lumière grise, timide, diffuse à peine sur la plage. La mer, agitée, gronde doucement, et la pluie fine commence à lui piquer le visage.
Julien boit la dernière gorgée de café qu’il lui reste.
Il scrute ses cannes, la frontale encore calée sur sa tête, oubliée depuis un moment.
Le vent souffle sans cesse. Il ne sait plus quoi tenter pour se sortir de la bredouille.
Et pourtant… malgré tout ça, il se sent bien.
Il ne pense à rien d’autre.
Il est détendu. Presque souriant.
Il observe les vagues, les rouleaux qui se forment et se brisent à quelques mètres.
Quelques mouettes courageuses planent dans le vent, cherchant déjà leur petit déjeuner.
Le silence autour de lui est immense, ponctué uniquement par le souffle du vent et le bruit de la mer.
Le dernier lancer pour tout tenter
Une dernière fois, il décide de changer les appâts sur la canne à trois empiles.
Il relance juste derrière les vagues. Même si sa stratégie ne fonctionne pas, il s’obstine. Il continue. Il reste motivé.
Pour la canne au traînard, il ajuste sa tactique.
Il esche un double appât : un vers tube et une arénicole.
Puis il ajoute une petite perle rouge flottante de 8 mm.
Julien observe chaque détail : fixation de l’hameçon, alignement du fil, positionnement du plomb. Rien n’est laissé au hasard. Chaque geste est précis, automatique, presque ritualisé.
« Allez… on tente. Dernier lancer. »
Le lancer est simple. Pas nerveux. Pas précis. Juste instinctif.
Le plomb file dans le vent, traverse la pluie fine et s’écrase proprement derrière les vagues.
Julien tend la ligne, ajuste le frein, et pose la canne sur le pique humide.
Puis il respire longuement. Chaque inspiration le vidait doucement de sa fatigue.
Il commence à ranger : ouvre sa caisse, remet des plombs à leur place, referme une boîte, ramasse un chiffon.
Le silence est total.
Le temps s’étire. Julien sent ses muscles raidir sous le froid. Ses doigts engourdis glissent sur la canne. Son dos tire, ses épaules sont tendues. Chaque minute semble durer une éternité.
Il se surprend à scruter l’horizon, à chercher un signe dans les vagues. Le doute s’installe : et si le dernier lancer ne donnait rien ?
Pourtant, quelque chose au fond de lui, lui dit de rester. De ne pas bouger. De continuer à croire.
Et là, 8h57…
Une petite tirée. Presque imperceptible.
Mais Julien connaît parfaitement ses cannes, il sait qu’il se passe quelque chose.
Puis une deuxième, plus nette.
Et une troisième, franche dans la foulée.
Julien s’approche calmement. Son cœur s’accélère malgré lui.
Il prend la canne. Et sent le coup de tête. Un vrai. Celui qui ne trompe pas. Il ferre !
Le poisson revient vite, se défend. De petits coups secs, précis. Le fil grince légèrement contre le moulinet. Le poisson prend le courant et tente de s’échapper.
Julien garde la ligne tendue, absorbe les coups de tête. Il reste concentré, son cœur bat plus vite que les tours de moulinet.
Son sourire s’élargit. La fatigue s’évapore. Le vent et la pluie n’existent plus. Le monde disparaît. Il est seul face au colosse.
Tour après tour, il récupère doucement le poisson. Sa silhouette argentée apparaît, scintillante dans l’écume, sa majestueuse dorsale sort des vagues.
C’est un bar. Un très beau bar.
Mais Julien appréhende le passage du ressac. Il a encore en tête le souvenir du premier bar de la session qu’il a perdu à ce moment. Il reste concentré et attentif.
Avec beaucoup de maîtrise, Julien dépose le bar délicatement sur le sable humide. Il s’accroupit et l’admire. Il est magnifique.
Ses yeux suivent chaque mouvement : le corps puissant, la queue qui se balance, la gueule imposante, la ligne latérale et ses reflets argentés à la lumière du matin.
L’odeur de sel et l’écume fraîche sur ses bottes lui donnent un sentiment familier, presque rassurant.
Il reste là plusieurs secondes, puis le mesure : 74 centimètres !
C’est son record ! Il le bat de 2 centimètres !
Il saute de joie et crie pour évacuer l’adrénaline et la frustration passée.
Il aura tout vécu pendant cette session : l’attente longue, le bar qui se décroche, le regain de motivation pour ce dernier lancer, et la libération avec ce bar qui le sort de la bredouille… et quel bar !
« Il est superbe ! »
Julien le sait déjà : il va le relâcher !
Il rentre dans l’eau, et d’un geste délicat, laisse le bar reprendre ses esprits.
Julien l’observe de nouveau. Il a entre les mains un poisson qui doit avoir près de 15 ans. Juste cette idée le rend fier de le remettre à l’eau.
Il l’accompagne doucement vers les vagues.
Le bar part d’un coup de queue, glisse entre les vagues et disparaît lentement vers le large.
Julien reste là, mains sur les genoux, reprenant son souffle. Le cœur encore palpitant, la respiration régulière.
« Ma dernière tactique a fonctionné »
Il ne pense plus à la semaine, au travail, à la fatigue.
Il pense juste à ce moment précis. À ce cadeau. À ce miracle du dernier lancer. À son ami le bar.
Le calme et l‘apaisement
Il range ensuite en silence, soigneusement. Chaque canne est vérifiée et essuyée, chaque plomb remis à sa place, chaque accessoire rangé.
Son corps est épuisé. Mais son esprit, lui, est léger, apaisé… Il prend le temps, il savoure cet instant.
Avant de partir, il se retourne une dernière fois vers l’horizon. La mer est calme maintenant. Le vent s’estompe. Il sourit discrètement.
Le retour à la maison se fait doucement. La route est vide, la pluie tombe encore légèrement sur le pare-brise.
Julien conduit tranquillement. Pas de musique. Le silence est confortable, réconfortant. Ses pensées sont toujours portées sur la session qu’il vient de vivre.
Arrivé chez lui, il est 10h12. Il décharge sa voiture avec soin. Rien ne presse mais Julien sait l’importance de bien entretenir son matériel.
Il rince, frotte, nettoie, sèche son matériel et le range avec minutie.
Il enlève ses bottes, sa veste humide, se lave rapidement les mains, puis s’effondre sur le canapé.
Le calme s’installe. Le silence est total. Les rayons du soleil traversent à peine les rideaux.
Julien ferme les yeux. Il sent son corps se relâcher, chaque muscle, chaque articulation. Son esprit est détendu, comblé.
« C’est grâce à la perle ? Ou au mix-appâts ? »
Le sommeil l’emporte presque immédiatement. Un sommeil lourd, profond. Un sommeil d’homme vidé… mais heureux.
La mer est encore là, quelque part. Mais cette fois, elle lui a rendu bien plus qu’un poisson : la patience, le calme, les rencontres, l’adrénaline, la frustration, une satisfaction simple.
Julien dort, tranquille, heureux. Et il sait qu’il reviendra un jour pour un dernier lancer.

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