Il y a quelques mois, au détour d’un échange avec Yohann Dufau, président du LCPA, une phrase retient mon attention :
« Si tu veux en savoir plus sur l’histoire des championnats de France de surfcasting, il faut que tu demandes à Patrick Lacampagne. C’est la mémoire de ces championnats. »

Je remercie Yohann pour cette information, car le sujet m’intéresse effectivement.
Quand on cherche à retracer l’histoire des championnats de France de surfcasting, un constat s’impose : les archives sont rares, parfois inexistantes. On retrouve bien quelques classements, quelques photos, quelques vainqueurs… mais il est difficile d’aller plus loin.




Patrick le dit lui-même :
« Il n’existe pas de bibliothèque de la fédération. La FFPS n’existe que depuis 2016 et le secrétariat de la FFPM a été supprimé à la même époque. Et des champions du début, il y a assurément beaucoup de pertes… »
C’est dans ce contexte que cet échange avec Patrick prend tout son sens. Plus qu’une interview, c’est une tentative de préserver une mémoire, transmise par quelqu’un qui a vécu ces championnats de l’intérieur.
Patrick Lacampagne, témoin et acteur de 40 ans de surfcasting

Patrick Lacampagne, responsable bord de mer à la FFPS, a participé à son premier championnat de France en 1987. Il n’a jamais cessé de suivre l’évolution de la discipline, et il connaît chaque détail des compétitions, du matériel aux règles.
Il le précise d’emblée :
« Le premier CDF auquel j’ai participé, c’était en 1987. Avant, je n’ai pas grand-chose à dire à part ce que j’ai pu trouver comme archives. »
Patrick ne cherche pas à combler les vides : il raconte ce qu’il sait, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu. Et ce savoir est précieux, car il nous plonge dans les coulisses d’une discipline en constante évolution.

Les origines : 1957 et la naissance du championnat
Les premiers championnats de France de surfcasting remontent à 1957, la même année que la création de la FFPM.
Patrick se base sur un élément concret :
« Sur la plaquette gravée du trophée, remis au vainqueur chaque année, figure en premier : 1957 – Millien G., Marsouins de Calais. »
Pour les années suivantes, jusqu’en 1973, il n’existe souvent que le nom du vainqueur et son club. Aucune information sur les conditions, les lieux précis ou le déroulement.

Les formats de la compétition
Très différents de ceux d’aujourd’hui
À leurs débuts, les championnats de France de surfcasting n’avaient que peu de points communs avec ceux que l’on connaît aujourd’hui.
Jusqu’en 1986, le titre de champion de France se jouait sur une seule manche, d’une durée de 3 à 4 heures. Un format simple, direct, mais forcément très exposé à l’aléatoire.



Patrick le rappelle avec lucidité :
« Même si de grands noms figurent sur le palmarès, quelques coups de chance se sont forcément glissés sur les podiums. »
Pour autant, ces championnats rencontraient un véritable succès populaire. Les inscriptions étaient nombreuses, parfois massives :
« Ces championnats avaient du succès : régulièrement plus de 200 concurrents étaient présents. »
À cette époque, aucun critère de qualification n’était exigé. Tout pêcheur licencié pouvait s’inscrire librement, adulte ou jeune. Par la suite, le nombre de participants a été calculé en fonction du nombre de licenciés par club, oscillant généralement entre 200 et 250 pêcheurs, sans véritable plafond. Et à partir de 1991 adultes et jeunes ont été séparés pour disputer leur championnat chacun de leur côté.

Une seule zone, puis une sectorisation progressive
De 1957 à 2000, les manches se déroulaient dans une seule zone continue, sans découpage en secteurs. Tous les compétiteurs pêchaient sur le même linéaire, et le classement était global.
Une première évolution apparaît en 2001, lors du championnat de France disputé à La Baule.
La zone est alors divisée en trois secteurs continus. Chaque pêcheur change de secteur chaque jour, mais le classement reste unique, sans prise en compte des secteurs dans le calcul final.
Entre 2002 et 2005, l’organisation franchit une nouvelle étape : la zone de pêche est désormais séparée en trois secteurs non contigus. Les pêcheurs changent de secteur chaque jour, et surtout, le classement journalier prend enfin en compte les résultats par secteur. Une évolution majeure pour limiter les écarts liés aux postes.

Vers un format plus équitable et plus encadré
À partir de 2006, un cap est franchi avec la mise en place d’un nombre maximal de concurrents fixé à 300, répartis selon des quotas régionaux.
Le classement par secteur est conservé, renforçant l’équité sportive.
Enfin, en 2022, le format évolue encore. Chaque zone de 100 pêcheurs est divisée en quatre sous-secteurs contigus de 25 compétiteurs.
Le classement est alors établi en plusieurs étapes : par sous-secteur, puis par zone, et enfin pour la manche complète.
Une organisation complexe, mais nécessaire.
Au fil des décennies, les championnats de France de surfcasting sont ainsi passés d’un format simple et ouvert, à une structure progressivement plus réglementée, pensée pour limiter l’aléatoire, renforcer l’équité et s’adapter aux contraintes modernes, tant sportives qu’environnementales.
Cette évolution illustre parfaitement ce que Patrick souligne à plusieurs reprises :
le surfcasting de compétition s’est construit par ajustements successifs, guidé par l’expérience du terrain bien plus que par des règlements figés.

Les régions et clubs historiques : Bien sûr le Nord.
Certaines régions ont toujours dominé la discipline, comme le précise Patrick :
« Le Nord, avec des clubs historiques comme les Marsouins de Calais et ceux de Boulogne.
L’Aquitaine, avec Mimizan, Biscarrosse, Dax ou Anglet.
La Normandie, notamment autour du Havre.
Et un peu la Bretagne, avec un grand club à Brest. »
Ces territoires ont façonné le surfcasting français pendant des décennies.

Des championnats parfois difficiles à organiser
Organiser un championnat de France de surfcasting n’a jamais été une tâche simple. Certaines éditions ont même marqué les esprits par leur complexité et les difficultés rencontrées.
Parmi les championnats récents, Patrick cite immédiatement Gruissan 2022 comme l’un des plus compliqués à gérer : « À l’issue de la première manche, une plainte d’un compétiteur a été déposée à la gendarmerie. »
Une situation exceptionnelle, qui a eu des conséquences lourdes sur le déroulement de l’épreuve : « Nous avons été obligés d’annuler la deuxième manche le temps que cette plainte soit classée. »
Pour les organisateurs, cette décision a été particulièrement difficile à vivre : « Cela a été une épreuve terrible. »
Et pour les compétiteurs, la déception était à la hauteur de l’attente.
Mais les difficultés d’organisation ne sont pas uniquement liées aux aspects administratifs ou juridiques. Dans le passé, certains championnats de France ont été maintenus dans des conditions de mer ou de météo qui seraient aujourd’hui jugées inacceptables du point de vue de la sécurité.
Patrick cite notamment plusieurs éditions marquantes :
« Boulogne 1991, Moliets 1992, Hossegor 1999… »

Ces exemples rappellent que les championnats de France se sont aussi construits à travers des choix parfois risqués, dans un contexte où les exigences de sécurité et de responsabilité n’étaient pas celles d’aujourd’hui.
Ils illustrent surtout l’évolution profonde de l’organisation des compétitions, désormais beaucoup plus encadrées, avec une attention accrue portée à la sécurité des pêcheurs et au bon déroulement des épreuves.
Technique, matériel et progression du niveau
Les progrès techniques ont profondément transformé le niveau général des compétiteurs. Patrick insiste sur un point :
« Si je devais ne retenir qu’une seule évolution, ce serait l’augmentation très significative des distances de pêche. »
Aujourd’hui, les fils plus fins, les cannes et moulinets modernes permettent de pêcher plus loin et plus discrètement. Les appâts ont eux aussi évolué, et le fil à ligaturer est devenu incontournable pour présenter les esches de manière optimale.

Une avancée majeure est survenue au début des années 2000 avec l’apparition des perles flottantes. Patrick souligne :
« Elles ont permis de viser les poissons de surface avec plus de précision et d’efficacité, et ont contribué à faire progresser le niveau général. »
Ces innovations, petites ou grandes, montrent que le surfcasting n’a cessé de se perfectionner grâce à l’expérience des pêcheurs, mais aussi à la recherche technique et à l’évolution du matériel.
Champions, surprises et moments marquants
Patrick refuse de désigner un champion au-dessus des autres :
« À chaque CDF, il n’y a pas un grand favori, mais plein d’excellents pêcheurs et des outsiders. »
Quelques champions, championnes, marquants :
• Dominique Caballero : triple champion de France
• Double champions : Jean-Michel Désiré, André Parent, Yan Dulière, Mathieu Courtin, Jean-Charles Isola, Paul Delassus
• Titres inattendus : Jean-Louis Delliaux (1974), Emmanuel Legrand (1984), Francky Bodart (1988) : les 3 étant des jeunes.



• Pauline Bellicourt (2015) : seule dame à gagner toutes catégories
Les femmes dans les championnats de France
« J’ai toujours vu des dames dans les CDF. Aujourd’hui elles représentent un peu plus de 10 % des compétiteurs. »
Les contraintes physiques existent : « Quand le poisson est très loin, elles peinent parfois à concurrencer les hommes. »
Mais elles s’adaptent : « Elles se concentrent souvent sur des pêches de bordure ou à mi-distance qui rapportent quand même des poissons. »
Parmi les championnes marquantes :
• Patricia Mainvis : 3 titres (2001, 2007, 2009)
• Pauline Bellicourt : 2 titres (2012, 2015)
• Claudine Gambier : 2 titres (2011, 2017)
• Audrey Nuttens : 2 titres (2013, 2016)

Patrick note aussi : « Elles suivent doucement les progrès du matériel mais restent dans des gammes moins puissantes que les hommes. »
Jeunes, avenir et défis
Patrick voit les jeunes comme une continuité naturelle : « Ils évoluent au même rythme que les meilleurs adultes. Les concours de lancer et les tests de sélection accélèrent leur progression. »
Pour l’avenir : « Le championnat sera obligatoirement plus professionnel, plus réglementé, moins ouvert. Pour la médiatisation, difficile d’y croire… mais il faudrait faire des efforts contre les écolos et animalistes qui sont très actifs. »

Les coulisses des championnats : anecdotes et zones d’ombre
Quand on parle des championnats de France de surfcasting, on pense souvent aux podiums, aux titres et aux grands noms. Mais comme toute discipline qui s’est construite sur plusieurs décennies, il y a aussi eu des situations improbables, parfois difficiles à imaginer aujourd’hui.
Patrick en sourit encore, mais certaines scènes resteraient totalement impensables à l’heure actuelle.
« Au début des années 90, avant le début de la première manche, alors que tous les pêcheurs étaient déjà en poste, un monsieur arrive et se fait une place entre deux compétiteurs pour planter ses cannes. Il nous explique alors que c’est notre commissaire… et qu’il a prévu de pêcher lui-aussi pendant la compétition. »
La réaction est immédiate. Tollé général, appel du responsable de la compétition, échanges tendus. Le « commissaire » finit par s’en aller pêcher plus loin, furieux et vexé.
Mais il faut alors trouver en urgence un remplaçant pour assurer le bon déroulement de l’épreuve.
« Ça aussi, aujourd’hui, ce serait totalement impensable. »

Autre épisode marquant, plus discret mais lourd de sens : celui du trophée des championnats de France.
Sur la plaque gravée, l’édition 1980 porte deux noms.
« Il y a celui qui a terminé premier, mais qui a ensuite été convaincu de triche dans une compétition suivante et qui a donc été déchu de tous ses titres. Et il y a celui qui avait terminé deuxième, à qui on a attribué officiellement le titre. »
Un rappel fort que l’histoire des championnats de France n’est pas seulement faite de victoires, mais aussi de règles qui se sont construites et d’erreurs corrigées.
Transmettre une mémoire fragile
Cet article ne prétend pas raconter toute l’histoire des championnats de France de surfcasting. Il essaie seulement d’en préserver une partie.
À travers les mots de Patrick, on comprend que cette mémoire est fragile, reposant sur des souvenirs, des traces et des témoignages parfois rares.
Mais tant qu’il y aura des passionnés pour raconter, transmettre et partager, elle continuera d’exister.
Et même si nous, la team Nojo, ne sommes pas des compétiteurs et que nous ne participerons peut-être jamais à un championnat de France, nous savons combien ces championnats font partie intégrante de notre sport.
C’était donc important pour nous d’en garder une trace… à notre toute petite échelle !
C’est dans ces histoires et ces souvenirs que se construit l’avenir du surfcasting !
Merci à Patrick pour ce partage d’histoire (anecdotes, photos, articles de presse) !
Merci aussi à Audrey NUTTENS pour les photos et si vous aussi vous possédez une partie de l’histoire (anecdotes, vécus, photos) que vous souhaitez partager, envoyez‑les nous à nojosurfcasting@gmail.com. Nous les ajouterons avec plaisir en fin d’article !

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