Quand on se met vraiment au surfcasting, il arrive toujours un moment où on se pose LA question : “Comment faire pour lancer plus loin ?”
On veut aller plus loin, toucher d’autres zones, essayer d’atteindre ces 120, 150 ou même 180 mètres qui nous font souvent rêver.
Car plus on lance loin, plus on peut explorer son spot, diversifier sa stratégie en pêche et parfois ça peut faire la différence.
Pour certains pêcheurs, le lancer est même devenu une spécialité à part entière. Il existe des compétitions dédiées uniquement à ça, sur terrain vague, sans mer ni poissons. Juste une canne, un plomb, une grande piste… et la distance à battre.
Le gagnant ? Celui qui envoie le plomb le plus loin.
Et pourtant, cette spécialité reste souvent méconnue. On en parle rarement, alors qu’elle est aussi technique et intéressante que la pêche elle-même.
Dans la team, on aime découvrir toutes les facettes du surfcasting.
C’est pour ça qu’on a eu envie de consacrer un article complet au lancer.
Parce que bien lancer, ce n’est pas un détail : c’est une vraie compétence qui peut aider n’importe quel pêcheur.
Et pour mieux comprendre cette spécialité, nous avons la chance d’avoir pu interroger Stéphane MOULIN, un spécialiste du lancer depuis plus de 30 ans.

3 décennies de passion et de podiums
Stéphane Moulin n’est pas un lanceur comme les autres. À 53 ans, avec plus de 30 années dédiées au lancer et à la compétition, il fait partie de ceux qui ont marqué la discipline.
Il raconte son parcours, et son palmarès parle de lui-même :
« Je pratique le lancer et la compétition depuis un peu plus de 30 ans. J’ai été 9 fois champion régional de pêche, 15 ou 16 fois champion régional au lancer, 6 ou 7 fois champion de France au lancer, 14 fois vice-champion de France et 4 fois champion du monde par équipe. »

Quand il évoque ses plus beaux souvenirs, ce sont naturellement ceux des moments tout en haut :
« Quand je finis vice-champion du monde derrière Moeskops (1)… Quand on gagne le Big Danny (2) en Belgique… Et surtout, quand tu deviens champion du monde par équipe la première fois… puis quand tu arrives à reproduire ça 4 fois d’affilée. »
À travers ces quelques mots, on sent toute l’expérience de Stéphane, mais aussi l’amour profond qu’il porte à la compétition et au dépassement de soi.
D’un simple besoin au travail acharné
Comme beaucoup, Stéphane est venu au lancer par nécessité, avant d’y plonger vraiment par passion.
« Nous avions besoin d’atteindre certains trous dans la région où je pêche. C’est comme ça que j’ai rencontré Denis MOURIZARD et Sébastien FABREGUE. L’émulation avec eux a tout déclenché. »

Sébastien FABREGUE
Puis, séance après séance, les distances ont commencé à grimper :
« Au début, on était autour de 170–180 m. En un an et demi, on est passé à 220 m, puis 240. Le virus m’a pris… et les résultats sont arrivés rapidement. »
Aujourd’hui, la discipline atteint des distances presque irréelles :
« Les meilleurs sont régulièrement au-delà des 250–260 m, parfois 280–290 avec de très bonnes conditions. »
Encore une fois, c’est en cherchant à progresser, en répétant les gestes encore et encore, qu’on finit par prendre un vrai plaisir. Rien n’arrive tout seul !
Et que dire de ces distances ? C’est complètement dingue ! Certes, avec un appât on envoie moins loin, mais on imagine facilement tout ce que cette spécialité peut apporter à nos sessions.
Un objectif simple… dans une concurrence bien relevée
Quand on n’a jamais lancé, ça peut paraître facile : une canne, un plomb, et on envoie le tout dans une zone. Mais la réalité est tout autre.
« La discipline consiste à lancer avec la canne de ton choix et des plombs de grammages imposés, dans une aire équivalente à une zone de pêche, pour que le géomètre puisse mesurer. »
Pourtant, la discipline manque encore de catégories adaptées :
« J’aurais aimé qu’il y ait des catégories de poids. Quand tu concours contre des gars de 1m90 et 130 kg, c’est plus simple pour eux de manier des cannes très puissantes. »

Le lancer demande évidemment de la technique, mais aussi une capacité à charger la canne grâce au mouvement et à la puissance qu’on met dans l’action. Et comme dans n’importe quel sport, certaines caractéristiques physiques aident clairement. Eh oui, la réussite se joue aussi dans ces petits détails !
Compétitions : là où la maîtrise fait la différence
Le lancer sportif, c’est aussi un monde de compétitions, avec ses règles et ses ambiances.
« Le championnat de France se déroule sur 2 jours : 150 g et 175 g le 1er jour, puis 100 g et 125 g le second. Au championnat du monde, nous sommes entre 50 et 60 participants, pour cette raison c’est un plomb par jour. »

Deux atmosphères s’y croisent :
« Les concours régionaux, c’est pour partager, expliquer, conseiller. Mais au championnat du monde, on est là pour faire de la performance. »
Pourquoi une discipline aussi visuelle et spectaculaire n’est-elle pas davantage mise en avant ?
Stéphane répond sans détour :
« Parce que notre fédération ne fait rien pour développer la discipline… On est souvent mis à l’écart. »

Quand on écoute Stéphane, on comprend à quel point cette discipline a tout pour passionner : de la concurrence, du partage, de la technique, des poids imposés, et cette recherche du geste parfait qui ne s’arrête jamais.
Finalement, il ne manque qu’un peu de visibilité pour que le lancer devienne vraiment populaire.
La technique, clé de tout progrès
Pour Stéphane, un bon lanceur n’est ni un bourrin, ni un colosse. C’est avant tout un technicien.
« Si tu as une très bonne technique, c’est le plus important. La puissance vient ensuite. Le mental, lui, sert quand tu joues une place ou que tu dois gérer la pression. »

Il insiste aussi sur l’importance d’un matériel cohérent :
« Il faut une canne adaptée à ta puissance, un moulinet très bien réglé… et surtout un bon timing. »
La plus grande erreur chez les débutants ?
« Ils lancent comme des bourrins du début à la fin. Alors qu’on leur demande d’être plus souples, plus propres, plus précis… »
À travers ses mots, on comprend vite que la corpulence peut aider, mais qu’elle ne fait pas tout. Le secret, c’est d’apprendre à produire un geste propre, fluide, bien construit, pour vraiment envoyer son plomb le plus loin possible. Et comme dans toutes les disciplines techniques, il n’y a pas de miracle : seul l’entraînement, la répétition et la patience permettent d’approcher ce fameux geste parfait.
Le matériel, trouver le combo parfait !
Dans la bouche de Stéphane, la vérité est simple :
« La canne, le moulinet, le fil, le plomb… c’est un tout. Le bon combo fait les résultats. »
Il casse aussi un mythe répandu, ou une forme de rêve éphémère :
« Acheter la canne du champion du monde ne te garantit rien. Il faut tester, s’entraîner, trouver ses réglages. »
Entre lancer en pêche et lancer de compétition, la différence est nette :
« Les cannes de lancer sont entre 7 et 10 fois plus puissantes qu’une canne de pêche. »

Pour atteindre les 250 m, voire plus, l’équilibre et la complémentarité de la canne, du moulinet, du fil et du plomb sont essentiels! Mais ça ne suffît pas!
Le lanceur doit trouver les bons réglages qui lui permettront de battre des records !
Entraînement, physique et automatisation du geste
Pour progresser, il faut répéter les mouvements, suivre une méthode et développer une vraie base physique.
« La répétition des mouvements, c’est essentiel pour que ça devienne automatique. »

Sa préparation va bien au-delà de la simple pratique du lancer :
« Je travaille la puissance et l’explosivité. Je fais du CrossFit et de l’Hyrox (3), ça aide pour tenir les 5 jours des championnats du monde. »
Et malgré toute son expérience, il sait ce que demande son gabarit :
« J’ai besoin d’échauffement et d’une bonne préparation physique. Avec ma petite taille, je dois compenser pour rivaliser avec les plus grands. »
La préparation de Stéphane montre bien qu’atteindre de telles distances est un processus long et exigeant. Le travail physique et la répétition ne sont plus des options : ce sont des passages obligatoires pour espérer rivaliser avec les meilleurs lanceurs du monde.
Le lancer, un indispensable pour les pêcheurs
Pour Stéphane, c’est une évidence : tout pêcheur en surfcasting devrait s’intéresser au lancer.
« Pour être plus performant à la pêche. »
Il explique ce que change réellement une bonne technique :
« Plus tu es propre dans ta gestuelle, plus c’est facile. Tu forces moins, tu fatigues moins, tu protèges tes appâts… et tu peux pêcher au-delà des 200 m. »
La technique « idéale » n’existe pas vraiment :
« La meilleure technique, c’est celle qui te permet de lancer loin sans te fatiguer pendant 12 heures de concours. »
Quant aux débutants, il les ramène à la réalité sans détour :
« Il faut mettre son ego de côté. Beaucoup pensent lancer à 200 m… alors qu’ils font à peine la moitié. On est tous passés par la case débutant. »

Lancer loin et lancer propre sont 2 compétences essentielles en surfcasting. Comme le rappelle Stéphane, un appât envoyé très loin, dans un état impeccable, augmente énormément les chances de toucher un beau poisson. Mais il insiste tout autant sur un point crucial : ne pas se surestimer. Lui-même a atteint de grandes distances parce qu’il a remis sa technique en question encore et encore, en travaillant sans relâche pour progresser.
Pour conclure cet échange, je lui ai demandé de résumer le lancer en trois mots. Il m’a répondu sans hésiter :
« Résilience, persévérance, performance. »
Difficile de mieux résumer un sport aussi exigeant, aussi formateur, et pourtant encore trop méconnu.
Remettre le lancer à la place qu’il mérite
Après cet échange avec Stéphane, une chose s’impose : le lancer n’est pas un simple « plus » ou une discipline dérivée du surfcasting.
C’est une spécialité à part entière, exigeante, complète… et pourtant profondément utile à tous les pêcheurs.
Tout ce que l’on apprend en lancer se retrouve directement dans nos sessions de pêche :
- La précision pour poser son plomb exactement où il faut,
- les distances supplémentaires pour atteindre des zones inaccessibles,
- la protection des appâts grâce à un geste propre et contrôlé,
- et plus globalement, l’efficacité qui sépare un lancer approximatif d’un lancer réellement performant.
Et pourtant, malgré son importance évidente, le lancer reste dans l’ombre : peu médiatisé, peu reconnu, parfois même incompris.
Mais les faits parlent d’eux-mêmes :
Maîtriser son lancer, c’est progresser en pêche.
Et quiconque a déjà vu un grand lanceur en action sait à quel point cette discipline mérite davantage de respect… et beaucoup plus de lumière.
À travers le parcours de Stéphane, on voit ce que le lancer transmet : rigueur, recherche du bon geste, entraînement, patience, persévérance, volonté de faire toujours mieux. C’est une discipline qui construit autant le pêcheur que l’athlète.
Alors oui, il est temps de la valoriser, dans les clubs, dans les formations, dans les compétitions et dans nos propres habitudes de pêche.
Un bon lancer, ce n’est pas seulement « pêcher plus loin », c’est pêcher mieux.
Et si cet article peut donner envie ne serait-ce qu’à un pêcheur de s’y intéresser, d’essayer, de progresser… alors on aura déjà gagné quelque chose.
Parce que le lancer, au fond, c’est tout ce que Stéphane incarne :
résilience, persévérance, performance.
Tout ce qui fait la beauté du surfcasting !
(1) Moeskops – (2) Big Danny : Danny Moeskops, premier champion du monde de lancer en 1998 et multiple recordman devenu un ami proche de Stéphane, organisait aussi en Belgique l’un des plus grands concours internationaux de l’époque : le célèbre Big Danny.
(3) Hyrox : Le Hyrox est une discipline mêlant course à pied et exercices fonctionnels enchaînés, conçue pour développer puissance, endurance et explosivité.

j’ai découvert cette discipline en 1996, lorsque j’ai créé mon club (APCR) dans le Roussillon, Stéphane MOULIN était déjà là et il nous a donner l’envie de pratiquer.
Alors responsable régional de cette activité (pêche bord de mer/lancer) nous avons mis en place des structures et des lieus de pratique.
En 2001 j’ai été élu membre du conseil d’administration, et le président à cette époque ma demande de prendre en charge cette discipline (le lancer), à l’occasion du championnat de France à la Grande Motte (2001), après la déclaration des résultats, j’ai demandé à Stéphane et Sébastien s’ils étais d’accord que j’accepte cette place.
Et voilà que nous avons au fil du temps (12 années), évoluer dans le règlement, être présent sur les divers Championnats du Monde.
Les résultats ont été mentionnés dans la présentation, merci à Stéphane et Sébastien, d’être à ce jour toujours compétitif, et surtout encore passionné de cette activité sportive.
Alain BANEGUES
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Merci pour message ! Et bravo pour votre travail engagement dans cette discipline !
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Bravo pour ce bel article!
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merci !
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